Plateau des Bolavens et Wat Phu

Vendredi 23 mars. Après une journée de relatif repos et de préparation, nous partons ce matin en excursion pour quelques jours en mobylette sur le plateau des Bolavens.

D’après les explications que nous avons obtenues à la Guesthouse, le plateau fertile des Bolavens (Phu PhiengBolaven en lao) situé au nord-est de la province de Champassak, était inexploité avant que les colons français n’y cultivent du café, du caoutchouc et des bananiers, au début du XXème siècle. Les premiers planteurs français ont quitté le pays dans les années 1950, lors de l’indépendance, les autres ont suivi lorsque les bombardements américains se sont intensifiés dans les années 1960. Aujourd’hui, les Laotiens cultivent de l’arabica et du robusta. Les ouvriers de plantations de café sont souvent issus de la tribu laven, l’un des principaux groupes ethniques du plateau des Bolaven, qui signifie « lieu des laven ». Les agriculteurs Alak et katou cultivent du café et font sécher leur récolte le plus souvent à même le sol. Le plateau des Bolavens est l’une des principales régions agricoles du Laos et on y trouve aujourd’hui, outre du café, des plantations d’hévéas, tecks, bananiers, litchis, riz…

Nous faisons notre premier arrêt à la cascade de phaxuam. On peut l’admirer depuis un point de vue qu’on atteint en traversant un pont en lianes assez instable au-dessus de la rivière.

Il y a aussi ici un village ethnique reconstitué, une sorte de « zoo humain », où l’on peut voir les types d’habitation, l’artisanat et le mode de vie des ethnies locales. Contre quelques pièces des gamins en costumes se mettent à danser… C’est tout ce qu’on déteste et on ne reste que peu de temps.

Un petit café dans un troquet de bord de route puis nous reprenons la route. Nous nous arrêtons à nouveau en début d’après-midi pour casser la croûte puis arrivons au village de Tad Lo réputé pour ses 3 belles chutes d’eau. À l’entrée du village nous posons la mobylette et nous dirigeons vers la première cascade. Sa simple présence nous rafraîchit. Nous passons ensuite en amont de la cascade et essayons de traverser la rivière à pieds en prenant bien garde de ne pas glisser. Nous ne parvenons pas à atteindre l’autre rive et faisons alors demi-tour.

Nous récupérons la mob et utilisons le pont pour franchir la rivière et gagner le cœur du village, qui semble assez touristique. Nous buvons un coup dans un petit bar familial puis trouvons l’hébergement le moins cher depuis le début du voyage : un bungalow à 25000 kip (2,5€). Certes, il a bien reçu et est passablement défoncé avec des toilettes sommaires à l’extérieur mais l’endroit est délicieusement calme et la vue depuis la petite terrasse des plus agréables.

Ce village est très sympathique et il y règne une atmosphère si détendue qu’on hésite à le quitter demain.

Nous reprenons la mob pour rejoindre la 2ème chute d’eau mais on la pensait bien plus loin et en faisant demi-tour on se rend compte qu’elle est juste à côté du village. À côté de la rivière des petites parcelles de terrain ont été transformées en jardins potagers, facilement irrigables. Des femmes et des enfants portent des seaux et des arrosoirs remplis d’eau entre la rivière et le jardin. On croise à 2 reprises cette gosse qui n’a pas plus de 6 ou 7 ans et qui porte sur son épaule frêle un grand bâton aux extrémités duquel pendent 2 seaux d’eau et dans son autre main un gros arrosoir en zinc, plein aussi. Et elle court, en chaussettes trempées, sur les quelques dizaines de mètres en montée du chemin de terre qui sépare la rivière du bout de verdure de sa famille…

Nous redescendons au village. Au bord de la rivière, devant un hôtel (un ensemble de bungalows) un peu plus chic se tiennent 3 éléphants aux yeux tristes qui sont sans doute utilisés pour des excursions.

Au moment où on s’apprête à repartir Hervé se rend compte qu’il n’a plus la clé du bungalow. On retourne donc là où on s’est garé auparavant et par chance on retrouve dans l’herbe la petite clé brillante.

De retour au bungalow, notre voisin, un belge aux longs cheveux frisés nous dit qu’il part à la rivière car c’est l’heure du bain des éléphants ; il a pour habitude de se baigner avec eux. Après un temps d’hésitation nous retournons aussi à la rivière où à défaut d’éléphants, le voisin et des jeunes laotiens (enfants et ados) se baignent. Hervé s’empresse donc de les rejoindre tandis que je reste sagement au bord de l’eau.

Ce soir nous trainons un peu à la terrasse du bar/resto où nous avons mangé en buvant quelques bières. Voilà encore un endroit qui incite à trainasser et à profiter agréablement du temps qui passe.

Au matin de ce samedi, on décide quand même de prendre la route et au moment de quitter notre bungalow, les propriétaires nous offrent des bracelets, bénis par les moines, pour nous apporter chance, santé et longue vie, ainsi qu’à nos familles. Ceci est tout à fait à l’image des Laotiens, d’une gentillesse extrême et toujours soucieux du bien-être de leur prochain.

Il fait assez frais sur la mob et Hervé toujours trop optimiste n’a pas pris de polaire… Heureusement le soleil chauffe vite.

Nous faisons notre première escale à Ban KokPhoung Tai, un village habité par 4 ethnies. Les Katou y sont majoritaires et respectent scrupuleusement leur culture et traditions animistes, avec des lois différentes du reste du pays. Ils attachent entre autre une grande importance à leur mort, très ritualisée, et sculptent bien à l’avance des cercueils en bois, pour chaque membre de la famille, qu’ils conservent sous les maisons ou les greniers à grains.

Des cercueils

En fait, les cercueils en bois sont aujourd’hui des pièces rares du fait de la raréfaction des gros arbres et par conséquent la plupart est aujourd’hui réalisée en ciment. Les morts sont également enterrés à des endroits différents selon l’origine du décès (accidentelle, maladie…). Les Katou et les Alak sont aussi connus pour le sacrifice annuel de buffles, généralement en mars, en hommage aux esprits du village.

700 habitants vivent à Ban Kok PhoungTaï, dans pas plus de 30 à 40 maisons. Les hommes ont souvent plusieurs femmes et comme elles travaillent toutes, les hommes n’ont plus qu’à se reposer, excepté pendant la récolte du café, ou s’occuper des enfants. Certaines maisons abritent jusqu’à 72 personnes.

Durant la saison sèche les femmes tissent de belles étoffes.

Au terme de leur grossesse, pour ne pas attirer les mauvais esprits, les femmes doivent partir accompagnées par une autre femme, accoucher dans la forêt et y rester ensuite deux semaines.

Couleur café...

Dans ce village où en cette saison le café sèche sur le sol (pendant environ 3 semaines), tous les habitants fument du tabac dans une pipe à eau, dès l’âge de 3 ou 4 ans et durant toute leur vie. On nous fait essayer, presque en nous forçant, c’est très âpre mais pas trop fort.

Nous avons trouvé ce village grâce à la guesthouse où nous logeons à Paksé et dont le propriétaire, M. Vong, a beaucoup œuvré pour son développement. C’est lui qui a formé Houk, le guide qui nous explique tout dans un anglais assez correct. La visite coûte 5000 kips par personne destinés à constituer un fond pour le développement du village. Il a également créé une fondation pour construire une école primaire et une bibliothèque, aujourd’hui en service.

C’est une visite intéressante et respectueuse. On a adoré pouvoir discuter un peu avec les villageois par l’intermédiaire de Houk qui a patiemment répondu à nos nombreuses questions.

Sur la route qui nous mène ensuite vers Sékong nous nous arrêtons dans un restaurant dont le nom a attiré notre œil…

Quand nous arrivons à Sékong vers 14h00, il fait très chaud et l’endroit ne nous plait pas beaucoup. On décide donc de continuer en direction des chutes de Hua Khon que l’on trouve finalement et à notre grand étonnement beaucoup plus près que prévu. On trouve un bungalow, là encore bon marché, avec une jolie vue sur la rivière. Dès qu’on a posé nos affaires on se précipite vers la rivière pour aller voir les chutes d’eau, qui couvrent une belle largeur, et se baigner.

Des gamins sont là en train de se baigner et de jouer dans des rapides. Nous les regardons, fascinés par leur vigueur et leur infatigabilité. Ils se jettent dans le courant et dévalent les rapides sur plusieurs mètres, sortent de l’eau, remontent en courant et recommencent, encore et encore… Leur peau dorée comme du caramel luit sous le soleil. L’un des enfants vérifie systématiquement qu’on le regarde avant de prendre son élan et de plonger dans l’eau et quand il en ressort, tout fier.

Vers 16h, tous les enfants quittent la rivière et nous nous retrouvons seuls au bord de l’eau…

Dans un bungalow peu éloigné du notre se trouve un couple de norvégiens avec un petit garçon d’un peu moins de 6 ans. On était déjà voisin dans la guesthouse de Paksé et aux bungalows de Tad Lo.

Dimanche 25 mars. Nous quittons Tad Hua Khon assez tôt pour rouler un peu à la fraîche. On trouve assez facilement la piste qui nous conduira jusqu’à Pakxong et sur laquelle de grands travaux d’aménagement pour la transformer en route sont en cours. La première partie de cette piste de terre rouge qui sillonne entre les montagnes est magnifique, avec des paysages encore vierges.

Nous passons rapidement près de la cascade de Sekatamtok.

La dernière partie de la route est moins intéressante et on est bien content d’arriver à Pakxong (ou paksong). Cette ville avait été rayée de la carte par les bombardements américains, avant d’être reconstruite. Comme souvent dans ces cas-là, c’est une ville sans charme que l’on trouve.

Nous mangeons dans un boui-boui où une grosse mamita nous confectionne une soupe de noodles blancs. Puis nous passons dans le bar juste à côté pour goûter au café local, préparé avec une cafetière italienne. Servi dans un dé à coudre, ce café est très bon mais aussi cher que chez nous. C’est ici que nous rencontrons David, un aveyronnais sympathique qui vient de s’installer dans une Guesthouse dont il nous donne l’adresse.

Pendant qu’Hervé part courir, je fais le tour du marché, pas franchement le plus fascinant que j’ai vu.

Le soir, en compagnie de David, nous goûtons enfin le traditionnel barbecue laotien. Sur des braises contenues dans un petit seau en ciment, on pose un dôme en métal sur lequel on peut faire cuire des lamelles de viandes au choix (bœuf, porc). Et dans le petit jus, en rajoutant de l’eau bouillante on peut cuire les noodles et des petits légumes. Un délice.

Nous terminons tous les trois la soirée une bière à la main, dans la petite cour intérieure de la guesthouse.

Lundi 26 mars. Installés dans le bar le plus proche, nous voyons arriver au fur et à mesure tous les autres touristes installés dans la même guesthouse que nous. Jean-Pascal, le québécois avec David, puis les Norvégiens avec leur petit garçon et enfin l’américain qui voyage avec Jean-Pascal. Notre tablée internationale traine au petit déjeuner et les conversations, en anglais le plus souvent, vont bon train. On décide de partir tous ensemble en direction des chutes d’eau de Tad fan (les plus hautes du Laos), sur la route du retour à Paksé. Une certaine inertie, inhérente à l’effet de groupe, se met en place. Il faut le temps que chacun fasse son sac, récupère son deux-roues… etc

À l’arrivée à Tad Fan, le québécois et l’américain continuent leur route car ils ne veulent pas payer l’entrée du site. Nous partons donc seulement avec David pour explorer ces fameuses chutes, les Norvégiens ayant fait demi-tour vers l’hôtel probablement parce qu’ils avaient oublié quelque chose.  Dégringolant dans une gorge vertigineuse de 200m de profondeur noyée par une jungle luxuriante, ces chutes sont très belles mais on aimerait les voir de plus près. Malheureusement et malgré de nombreux essais infructueux, on ne trouve pas de sentier qui descende vers le gour sous la cascade. On se contente donc de la contempler de loin. Nous retrouvons les norvégiens qui boivent un coup au bar du site.

Nous reprenons alors la route en direction de Paksé où l’on arrive vers 13h. Après avoir repris une chambre à la même guesthouse que précédemment, nous mangeons au resto indien (culinairement on est toujours un peu en avance sur le programme…). On passe tranquillement le reste de l’après-midi puis on reprend la mob et on se rend en fin de journée sur la colline où trône un bouddha gigantesque qui surplombe la ville et le Mékong. On y accède par plusieurs centaines de marches les plus raides et abruptes que j’ai jamais vues.

Mardi 27 mars. Ce matin Hervé s’occupe de trouver des billets de bus jusqu’à Ubon Ratchathani puis de train jusqu’à Bangkok, pour notre retour en Thaïlande. Après avoir un peu galéré à trouver, il réserve finalement, à la gare routière VIP 2, bien cachée, des billets combinés bus et train couchettes pour vendredi (pour 30€ environ par personne).

Nous prenons ensuite à nouveau la mob en prenant cette fois ci la direction de Champassak. Trop surs de nous, nous avons malheureusement consulté la carte et l’itinéraire un peu rapidement. Aussi nous passons sans la voir l’intersection (mal indiquée) où on aurait dû tourner. On ne s’en rend compte que 20km plus loin. Demi-tour. La bonne route nous emmène sur la rive du Mékong qu’il va falloir traverser et bien sûr il n’y a pas de pont. Il faut donc pour atteindre Champassak monter sur des embarcations de fortune. Deux autres farangs, lui bulgare et elle slovaque, sont en pleine négociation avec le propriétaire d’un des bateaux qui ne veut rien lâcher. Comme on ne veut pas leur casser leur coup, on attend sagement. Le rafiot quitte l’embarcadère et fatigués de négocier, ils acceptent de monter avec nous dans le suivant sans chercher à baisser plus le prix. C’était comme souvent dans une négociation surtout une question d’égo.

On arrive donc enfin à Champassak vers 15h avec une faim de loup. On se trouve une petite auberge puis on part manger dans un resto un peu crade mais avec une jolie vue sur le Mékong.

Nous partons ensuite nous promener dans Champassak et aux alentours. C’est une jolie ville tranquille dans un cadre agréable mais pas au point de nous permettre de comprendre pourquoi elle est inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco.

Mercredi 28 mars. On s’est couché de bonne heure hier mais notre réveil matinal est quand même difficile. Nous quittons Champassak peu après 5h30 et arrivons sur le site de Wat Phu, ou WatPhou, à 8km au sud de Champassak avant le lever du soleil. Le site est encore fermé à cette heure mais on sait que l’on peut entrer en dehors des heures d’ouverture moyennant une légère augmentation du prix d’entrée.

Nous pouvons donc profiter du site sans être gênés ni par la chaleur ni par la foule qui n’arrive qu’à partir de 8h.

Wat Phu est un site archéologique inscrit au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco en 2001. Et ici pour le coup on comprend bien pourquoi.

Fleurs de frangipanier

Littéralement « temple de la Montagne » en lao, Wat Phu est le berceau de la civilisation Khmère, bien avant la fondation d’Angkor. Cependant les ruines que l’on peut voir sur le site ne datent que du IXème au XIIème siècle. Wat Phu demeure aussi un site sacré pour les bouddhistes.

L’endroit est baigné de la lumière chaude et limpide de l’aube et encore une fois ces vieilles pierres nous envoûtent…

Nous terminons notre visite quand les premiers bus de touristes thaïlandais (les plus nombreux au Laos) arrivent. Il est 9h quand nous quittons le site pour prendre notre petit-déjeuner dans un estanco du coin. On reprend ensuite la route qui nous ramènera à Paksé. Mais nous suivons ce coup-ci la nouvelle route qui nous évite de prendre le bateau puisque nous remontons la rive droite du Mékong et traversons par le grand pont de Paksé.

Nous passons le reste de la journée à Paksé, préparant notre retour vers la Thaïlande, dès demain.

Jeudi 29 mars. Nous quittons la guesthouse à 14h en tuk-tuk, pour avoir un peu d’avance et être bien surs de prendre notre bus de 15h. C’est un bus assez grand, rempli essentiellement de touristes et voyageurs. Dehors et loin de nous déjà, puisqu’avec la climatisation toutes les fenêtres du bus sont fermées, des deux-roues de toutes tailles, aux conducteurs presque toujours tête-nue. Des femmes assises en amazones à l’arrière, parfois avec des enfants, ou un bébé dans une écharpe (ou même les deux).

Nous passons la frontière sans problème. Et là ce qui ne nous avait pas choqués à notre arrivée au Laos, probablement parce qu’un était passé d’un petit village à un autre, nous saute aux yeux. Le contraste entre Laos et Thaïlande est saisissant. Les voitures plus nombreuses sont aussi plus modernes, les bâtiments en meilleur état, dans la rue on passe de la simple paillote de marché à des cabanes en taule… et puis on conduit de nouveau à gauche et l’agitation semble plus grande…

Quand nous arrivons à la gare de Ubon Ratchathani, une personne nous attend et nous emmène jusqu’à la gare ferroviaire à l’autre bout de la ville, où l’on mange en vitesse avant de monter dans notre train. Dans ce dernier, notre première réaction est l’agacement car on a payé pour des couchettes et on se trouve sur des banquettes, assez larges certes mais ce ne sont pas des couchettes. En vérité, on s’aperçoit assez vite que les « fauteuils » en question se déplient en couchettes très confortables d’environ 80 cm de large. Et un monsieur vient même